La cabane à sucre et les expressions québécoises

Écrit avec des expressions québécoises, cet extrait du livre « Odes à la création » vous emmène au Canada suivre les aventures de Rosine et Romaric.

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Le lendemain de la veille, à la brunante dans l’boutte de l’île aux castors, avec Rosine, Romain chauffe son char vers Sainte Catherine.

Le jour suivant une soirée animée, au crépuscule dans la région de l’île aux castors, avec Rosine, Romain conduit sa voiture vers Sainte Catherine.

Sur son trente-six, elle est habillée comme une carte de mode. Rosine turlutte une toune. Puis ils placotent ensemble, ils se piquent une jasette.

Sur son trente et un, Rosine est tirée à quatre épingles. Elle fredonne une chanson. Puis ils bavardent, ils entament une conversation.

Peu avant Sainte-Anne-de-Beaupré, il mouille à boire debout. Il pleut des clous. C’est coulant. Ils font face à la musique.

Peu avant Sainte-Anne-de-Beaupré, il pleut abondamment. C’est le déluge. Ça glisse. Ils font face à la tempête.

Rosine a les yeux grands comme des cinquante cents. Elle mange ses bas et pogne la chienne.

Rosine a les yeux agrandis par la peur. Elle s’inquiète et a peur.

Ils étaient de bonne heure sur le piton, Romain et Rosine sont au coton. Ils ont passé la nuit sur la corde à linge. L’endormitoire les poigne.

Ils se sont levés de bonne heure, Romain et Rosine sont épuisés. Ils ont passé une mauvaise nuit. Ils ont envie de dormir.

Dans la noirceur près des lumières, un caribou pellete des nuages.

Dans l’obscurité près des feux tricolores, un caribou rêve.

Romain et Rosine débarquent de leur char. Les maringouins sont achalants, Rosine s’astine à en écrapoutiller. Et ses beaux mocassins qui ne sont plus amarrés ! C’est le crémage sur le gâteau ! Elle a son voyage !

Romain et Rosine descendent de leur voiture. Les moustiques sont désagréables, Rosalie s’entête à en écraser. Et ses beaux mocassins qui ne sont plus lacés ! C’est la cerise sur le gâteau ! Elle est à bout de nerfs !

Ils se déguédinent vers la cabane à sucre[1]. Elle est épouvantable avec ses boîtes à fleurs !

Ils se hâtent vers la cabane à sucre. Elle est charmante avec ses jardinières !

Ils se tirent une bûche et soupent. Romain et Rosine paquettent la fraise avec des oreilles de Christ[2] et enfiferouâpent une écœurante tarte à la farlouche[3].

Ils s’assoient et dînent. Romain et Rosine mangent avec excès des oreilles de Christ et avalent avec gourmandise une délicieuse tarte à la farlouche.

Pendant qu’un gang de Québécois s’épivarde, un Roger Bontemps calle des chiens chauds.

Pendant qu’un groupe de Québécois fait la fête, un homme jovial commande des hot dogs.

Romain slaque la poulie, Rosine ne s’enfarge plus dans les fleurs du tapis. C’est tiguidou laï laï !

Romain se relaxe, Rosine ne se laisse plus dépasser par les difficultés. Tout va bien !

Les Québécois giguent ! Romain swingue la bacaisse et la frenche !

Les Québécois dansent ! Romain fait tourner sa partenaire et l’embrasse !


[1] Une cabane à sucre est une cabane où l’on fabrique le sirop d’érable.

[2] Plat québécois constitué de croustilles de lard salé et grillées à la poêle

[3] Tarte dont la garniture est faite de raisins secs, de mélasse et de cassonade. Son origine remonte vers 1660.

Léonard de Vinci séduit la Joconde

Découvrez dans cet extrait du livre « Odes à la création » comment Léonard de Vinci persuade la Joconde de poser pour son célèbre tableau.

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Lors d’un joyeux jeudi de juin, dans le joli jardin de Juvigny-sur-Loison, Aurore et Romaric jouent à quelques jeux d’esprit.

En ce jour de grâce…

… il joue à quitte ou double.

Belle comme le jour…

… elle joue la comédie.

Il joue à qui perd gagne.

Elle jongle avec les idées.

Il joue les durs.

Elle joue au plus fin.

Il jette des propos joviaux.

Elle joue sur les mots.

Ils jouent au chat et à la souris.

Jettera-t-il l’éponge ?

Elle joue bien son jeu.

Il jette un froid.

Elle joue la surprise.

Il joue carte sur table.

Elle ne joue plus un rôle.

Le sort en est jeté.

Elle jette un voile sur sa chevelure.

Il jette les fondements de son tableau.

Elle jette un œil à droite, à gauche.

Il joue de bonheur !


Retrouvez Aurore et Romaric dans un autre extrait du livre « Odes à la création » et découvrez si vous êtes un hippopotomonstrosesquippedaliophobe, comme Romaric.

L’hippopotomonstrosesquippedaliophobe

Albert Einstein, Cléobule et le temps

Qu’est-ce que le temps ? Albert Einstein a passé toute sa vie à le chercher. Découvrez dans cette histoire inédite comment Cléobule trouve la formule miraculeuse…

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— Cléobule !

À Bullainville, dans le vestibule nébuleux, Thrasybule déambule comme un bull-terrier.

— Cléobule et Aristobule !

Il gesticule. Il recule. Et il bascule. Il culbute une pendule. Elle tintinabulle[1] comme un bulbul[2] noctambule. Elle ondule vers des figulines[3] multicolores qu’elle catapulte. Elles se pulvérisent en de fabuleux fascicules qui basculent sur de minuscules corbules[4] lenticulaires. Ils propulsent des amulettes en lazulite qui nébulisent une multitude de tulipes et de scrofulaires[5] et acculent Thrasybule le funambule sous la pendule désarticulée[6].

Dans son cubicule[7], à côté du vestibule, Cléobule module de fabuleuses bulles. Aristobule vulgarise dans un fascicule les calculs de Cléobule.

Sous les cumulus, loin du tumulte et des formules, Cléobuline et Christodule noctanbulent. Elle le congratule pour la fibule immaculée et les amulettes.

— Thrasybule !

Il gesticule. Cléobuline le stimule. Elle manipule ses articulations et ausculte son auriculaire. Christodule spécule sur ces pulsations. Après des pilules inoculées méticuleusement par Cléobuline, Thrasybule circule dans le vestibule.

— Cléobule ! articule Thrasybule. La pendule véhicule des particules !

Cléobule, d’abord incrédule, calcule avec difficulté. Puis il récapitule la formule et exulte :

— Cher Thrasybule, quelle fabuleuse fulgurance !

Christodule le congratule. Aristobule stipule dans l’opuscule la formule miraculeuse. La pétulante Cléobuline gesticule. Et tous déambulent dans le vestibule en une buleria[8] stimulante parmi les bulles et par-dessus la pendule.


Retrouvez la suite de cette histoire dans « L’unification absolue » où Cléobule, Aristobule et Thrasybule unifient le temps et la gravitation.

L’unification absolue


[1] Produire une série de sons aigus et légers

[2] Oiseau

[3] Poteries émaillées de Bernard Palissy ornées de figures et de plantes en relief

[4] Petites coquilles marines, bivalves

[5] Plantes herbacées

[6] Cet enchainement d’actions peut être assimilé à une machine de Rube Goldberg. Imaginée par ce dessinateur américain, elle est une succession d’actions simples formant une réaction en chaine. De nombreux dessins animés et films utilisent les machines de Rube Goldberg.

[7] Petit bureau

[8] Forme musicale du flamenco

La langue gauloise

La langue gauloise, d’origine celtique, a été parlée jusqu’au Vè siècle.

Jules César précisait dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules que les vers enseignés par les druides ne devaient pas être écrits. De tradition orale, le gaulois a donc laissé peu de traces.

Il reste toutefois quelques mots, moins de 190, notamment ceux liés aux animaux (alouette, mouton, raie, lotte, etc.), aux arbres et plantes (chêne bouleau, bruyère, if, etc.), au monde agricole (tonneau, charrue, arpent, bâche, etc.), aux vêtements (béret,  cagoule, flanelle, etc.).

On considère que ces mots sont d’origine gauloise car ils ne possèdent pas de racines connues dans les langues européennes de l’époque.

Des toponymes issus du gaulois existent également, comme Paris de Parisii, une tribu gauloise, ou Argenteuil de « Argantoialon « clairière argentée » composé de arganton « argent » et de ialon « clairière ».

Quant à Vercingétorix, il est issu de Ver– un superlatif, de cingeto– « guerrier » et du suffixe –rix, « roi ».

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Les aventures de Camulogène le Gaulois

Extrait du livre « Odes à la création », « Les aventures de Camulogène le Gaulois » est une histoire écrite uniquement avec des mots d’origine gauloise.

Retrouvez ces mots gaulois dans une histoire héroïque et festive et suivez l’épopée homérique et réjouissante de Camulogène de Bayonne à Vannes.

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Source : Larousse


Les aventures de Camulogène le Gaulois

De Lapurdum[1] à Darioritum[2]

 

— Ne gaspille pas les jambons et la cervoise !

— Non, non, Epona.

— Et craint les brigands !

— Oui, oui, Epona.

En chemise et en braie rayée, Camulogène bâche son chariot en chêne. Puis il s’achemine en chantant vers Darioritum. Quelques lieues[3] après Lapurdum, sa charrette se brise sur un petit caillou.

— Oh Abellio[4] ! oh Arardus[5] ! Il charpente son chariot. Camulogène le garrotte avec une bille de chêne et du bitume.

— La cervoise ou la bougette[6] ! Parthamaspate le truand chétif jaillit avec son glaive et sa cagoule. Il brise la bonde d’un tonneau et gobe la cervoise. Puis il brigande le béret de Camulogène.

— Oh Donnotarvos ! oh Tarvos Trigaranos !

Un aurochs jaillit des sapins. Il balaie Parthamaspate.

Dans une chênaie, près d’Aquae Tarbellicae[7], Camulogène chemine parmi les ruches. Des daims gobent des alises, des alouettes et des vanneaux chantent sur les bouleaux. Dans des chênes sur un talus, des druides glanent des branches avec leurs vouges[8]. À Burdigala[9], Camulogène encombre son chariot d’étain. En sayon[10] sur leurs chevaux, des cavaliers arpentent les quais avec leurs javelots. Sur la Garumna[11], la barge berce Camulogène et son chariot. Des truites et des brochets, des tanches et des vandoises encombrent les combes[12] des barques. Entre Burdigala et Condevincum[13], dans chaque canton, les socs des charrues brassent la noue[14], des moutons arpentent les jachères.

— Ah les landes de bruyères ! Enfin Darioritum ! Merci Epadatechtorix[15] ! Ewa et Sidoine, les jambons et la cervoise ! Orgetorix et Dumnorix, les brocs en étain !

— L’ambassadeur de Lapurdum !

Et en chantant, Camulogène, Ewa, Sidoine, Orgetorix et Dumnorix cheminent dans Darioritum.


[1] Bayonne

[2] Vannes

[3] Unité de longueur. Il existe de nombreuses définitions de la lieue.  L’ancienne lieue de Paris (avant 1674) correspondait à la distance que pouvait parcourir un homme à pied en une heure soit 3,248 km.

[4] Dieu gaulois

[5] Ibid.

[6] Bourse en cuir

[7] Dax

[8] Petite serpe à long manche

[9] Bordeaux

[10] Casaque de guerre

[11] Garonne

[12] Récipient cambré

[13] Nantes

[14] Fossé

[15] Roi protecteur des cavaliers

Pénélope et l’accord de Paris

Extrait du livre « Odes à la création », « Pénélope » est une histoire inspirée de l’Odyssée d’Homère.

Découvrez comment Lucullus négocie l’accord de Paris sur le changement climatique.

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Cocorico ! Cocorico !

Peu après sept heures sept près de l’Étang-la-Ville, Pénélope restaure et redore la reliure de son romancero. Mensuellement redéfaire. Et refaire mensuellement.

De Casablanca, en quelques murmures tentants, Lucullus teste mentalement sa demande. Pénélope respire mensongèrement. En rentrant dans leur repaire, Neptune la rassurera.

Après Toronto, Philadelphie et Miami, il chevauche vers Caracas ! Il repère les registres, il cherche les reliquaires. En sensibilisant les retardataires, il revigore avec verve son messianisme : redescendre la demande, et réduire les maxima.

Il se remémore les dodos[1]. Redire mensuellement. Et mensuellement reprendre.

Même s’il se murmure quelques ricaneries, Neptune demande de remettre un texte pour Philadelphie. Les retardataires se réfèrent aux registres. Ils se restaurent dans leur repaire, et retirent leurs discrédits. Neptune respire.[2]

Vers l’Étang-la-Ville, il recouvre sa verve et chevauche pour enfin rejoindre Pénélope.


Retrouvez la suite de cette histoire dans « Odes à la création », où Aurore, auteur du récit « Pénélope », rencontre son ami Charles le climatologue pour discuter du changement climatique.

Charles le climatologue

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[1] Le dronte de Maurice s’est éteint à la fin du XVIIe siècle, moins d’un siècle après l’arrivée des Européens.

[2] L’accord de Paris est le premier accord universel sur le climat. Il a été approuvé par 195 délégations (196 avec la Syrie) le 12 décembre 2015 et est entré en vigueur le 4 novembre 2016.

Le Moyen Âge réenchanté

Découvrez dans cet extrait du livre « Odes à la création » comment le Moyen Âge influence le XXIe siècle

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Lors d’un mercredi de l’an 1232, le majestueux Mont-Saint-Michel, mué en mélodie monastique, se mirait dans le miracle maritime. Avec méthode, dans la magistrale merveille[1], les moines magnifiaient les miniatures des manuscrits.

Leur maîtrise de ces minutieuses mosaïques médusait les murmures. Magnanimes[2], ils mesuraient la magie de ces messages mansuets[3]. Modernes, ces modestes missionnaires de la mondialisation métamorphosaient les magnifiques miscellanées[4] médiévales[5].

Hors des murs du microcosme du Mont-Saint-Michel, un ménestrel[6] madrigalisait[7] et maniait malicieusement ses marionnettes. Mêlant quelques mesquineries et médisances, il modérait le malheur de la majorité. Puis ce messager musicien et magicien mima les mystères du macrocosme[8].

Dans une maison mitoyenne, des marchands se mobilisaient afin de mutualiser leurs moyens pour les mendiants. Leur modèle se mondialisa monastiquement[9].

Les moulins se multipliaient. Ces machines, aux multiples mécanismes, moulaient le millet et le méteil[10], martelaient les métaux, mettaient en morceaux les minerais. Ces mutations mécaniques métamorphosèrent le marché du Moyen Âge.


[1] L’abbaye du Mont-Saint-Michel est constituée de deux parties : l’abbaye romane et la Merveille, un ensemble exceptionnel de bâtiments gothiques financés par Philippe Auguste, de 1211 à 1228.

[2] Qui a de la grandeur d’âme.

[3] Qui possède de la mansuétude, de la bonté.

[4] Bibliothèques

[5] Au début du xiie siècle, les bénédictins du Mont-Saint-Michel, en copiant et en enluminant des manuscrits, auraient eu une influence sur le développement intellectuel de l’Europe.

[6] Jongleur et poète

[7] Faire des madrigaux, des poèmes.

[8] Univers extérieur à l’homme

[9] L’ordre des Frères mineurs (les franciscains), est un ordre religieux catholique fondé en Italie en 1210 par saint François d’Assise.

[10] Mélange de froment et de seigle